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Un grand merci pour la colonisation.

Il est certain que les petits Africains qui se baladaient tous nus, avec un os dans le nez, avaient vraiment besoin de découvrir le coton et l’amour pas très platonique des prêtres. Cependant, une question me taraude l’esprit. Qui est venu en premier chez qui ? Les Africains ont-ils pris leurs bateaux, plutôt leurs pirogues, direction l’Europe pour exploiter les terres, piller les champs de patates, de blé ou d’orge ? Ont-ils participé à l’expansion des pandémies qui sévissaient un peu partout sur le vieux continent ? Les habitants du berceau de l’humanité étaient-ils suffisamment intelligents, développés et avancés, pour quitter leur cambrousse pour aller explorer le nouveau monde ? Je ne pense pas, ils étaient trop occupés à courir dans la savane, à la recherche de Mowgli et de Bagheera. En avaient-ils réellement besoin ? Eux qui vivaient en harmonie, assis paisiblement sur des montagnes de richesses ? À cette époque, qui avait besoin de qui ? Souvent, j’ai l’impression que l’on oublie la genèse de cette histoire, que l’on appelle colonisation. Je me propose donc de la rappeler au plus grand nombre. Et par la même occasion, répondre à la question posée plus haut. Qui est venu en premier chez qui ? Pour ceux qui ne savent pas, ou qui, comme moi, ont souvent brossé les cours d’histoire. Suis-je bête, on ne parle pas de ça à l’école. On nous parle plutôt de la Joconde et des Allemands. Les premiers à avoir posé les pieds chez l’autre sont les colons européens, sans même avoir été invités d’ailleurs. J’entends d’ici le bourdonnement dans mes oreilles, des historiens formés par Wikipédia. Détendez-vous les gars, vos ancêtres sont venus visiter les miens, dans le seul but de découvrir d’autres horizons. La bonne blague. Non, ils sont venus chez nous, dans le but de satisfaire les désiderata des monarques européens, au train de vie indécent qui n’arrivaient plus à étancher leur soif de richesse, dans la sueur du front de leur peuple.

 

Laissez-moi aller un peu plus loin dans ma réflexion. Car j’entends trop souvent dire que la colonisation a eu des bienfaits. Que c’était magnifique et que les colonisés devraient arrêter de jouer les victimes. Bien sûr, de tels propos viennent, pour la plupart, de descendants de colons. Ou bien de personnes ayant sûrement des ancêtres, qui devaient prendre un malin plaisir à couper les mains de leurs frères. Des véritables bouffons à la solde du roi. La colonisation, évidemment, c’était merveilleux, sinon les Africains ne parleraient pas le français, qui est bien plus poétique que toutes leurs langues de sauvage confondues. Que répondre à ceci ? Je sais pas !!! Je dirais juste aux Français qui tiennent de telles paroles, que la France-Afrique, j’ai du mal avec ce concept. Ça ne passe pas, comme une mauvaise blague de Michel Leeb. Enfin soit, comme je le disais à mes très chers amis de l’Hexagone. Les Belges, restez, ça vous concerne aussi, ne faites pas semblant. Si la colonisation était si merveilleuse, pourquoi ne l’adopteriez-vous pas comme style de vie ? Seriez-vous prêts à faire porter le voile à vos épouses, ou encore mieux la burqa ? Seriez-vous prêts à arrêter de manger du Justin Bridou ? Pourriez-vous remplacer le Ricard de l’apéro, par un bon thé à la menthe ? Et pourquoi pas apprendre l’arabe comme première langue à l’école et en faire une langue officielle en lieu et place de celles de vos aïeuls. Pourquoi ne pas apprendre à vos enfants, l’histoire des glorieux héros de l’Arabie Saoudite ? Et en géographie, pourquoi ne pas leur apprendre les noms des merveilleux cours d’eau qui coulent le long de la Syrie ? Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Pourquoi ne pas faire imprimer une monnaie à Riyad et la mettre en circulation dans votre pays, pour deux fois sa valeur ? Un peu comme le Franc-CFA. Vous voyez où je veux en venir ? Vous croyez toujours que la colonisation, c’est merveilleux ? Ou peut-être voulez-vous que l’on renomme, chaque département français, d’après les noms de célèbres héros irakiens, couronnés de succès sous la Babylone antique ? Ou peut-être voulez-vous que les dirigeants des Etats du Golfe arabo-persique se réunissent pour partager vos terres et en définir les frontières comme lors de la conférence de Berlin de 1885 ? Ou bien la colonisation n’est bonne que quand vous la faites subir aux autres ? Quels sont les bienfaits de celle-ci ? Vous nous avez imposé vos cultures, vos religions et leurs guerres. Vos prénoms et vos langues, à tel point que bon nombre d’Africains d’Europe, ne savent pas parler celles de leurs ancêtres.

 

Il y a un autre poison, plus discret mais tout aussi violent : cette manie que vous avez de vouloir blanchiser l’histoire. J’ai l’impression qu’il y a un réel désir de diminuer l’homme noir, ou d’attribuer ses plus grandes réalisations à l’homme blanc. À tel point que beaucoup d’Africains en arrivent à oublier, qu’il y avait une vie avant les explorateurs. On veut absolument nous faire croire que l’homme noir n’a rien inventé. Qu’il n’a bâti aucune civilisation. Qu’avant l’arrivée des Européens, les Africains vivaient dans des cahutes. Cette pensée a bien été résumée par un Nicolas Sarkozy, alors suprême Président de la France et de ses territoires conquis. Cet ex-ministre de l’intérieur, alors en plein discours en Afrique, a osé dire que l’homme noir n’avait rien apporté à l’histoire. Je pense que les milliers de mes ancêtres, morts lors de la traversée vers le nouveau monde, ont dû se retourner dans leurs tombes, dans le fin fond de l’océan Atlantique. Comment personne ne lui a arraché le micro ? Si nous n’avions aucune civilisation, pourquoi vos plus prestigieux musées regorgent d’artefacts africains, que vous ne voulez pas nous rendre au passage ? Il est plus que temps que ma génération apprenne son histoire. Qu’elle sache que des pharaons noirs ont régné sur l’Egypte antique. Il est plus que nécessaire que nous, Africains, nous nous plongions dans les récits décrivant la vie sur nos terres avant l’arrivée des envahisseurs. Notre continent existe depuis des millénaires, son histoire entière ne peut pas être résumée à un seul chapitre de son livre, quelle que soit la noirceur de celui-ci. J’écris ces choses non pas pour déclencher une guerre de civilisation. Car on peut s’aimer sans haïr les autres, mais pour susciter un réveil parmi les miens, afin que nous fassions en sorte que l’Afrique retrouve ses lettres de noblesse.


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